L’ouvrage “Assemblée générale organisée par la démocratie ouvrière en France”, le pouvoir de décision entre les mains des travailleurs…. – Abbas Mansouran

Le pouvoir de décision entre les mains des travailleurs ; Assemblées générale contre structures bureaucratiques

Écrit par Ahmad André Bekhrad-tab (auteur et militant du mouvement ouvrier) en persan et en français, et publié (la langue persane) en 2025 et ensuite en Française en 2026, est un ouvrage sur le mouvement ouvrier, l’expérience des grèves en France et, surtout, sur la question de l’organisation et de la prise de décision des travailleurs pendant la lutte.

Le thème central du livre peut se résumer à une question fondamentale :

Comment et par qui les mouvements sociaux et les grèves ouvrières doivent-ils être menés et gérés ? En examinant l’histoire du mouvement ouvrier français, et notamment les luttes des travailleurs de l’automobile, cet ouvrage oppose deux modes d’organisation : d’une part, des structures syndicales stables, hiérarchisées et bureaucratiques, dispersées et pas nécessairement fondées sur l’appartenance de la lutte de classe ; d’autre part, des assemblées générales, des assemblées de délégués, des comités de grève et des formes d’organisation qui s’appuient sur la participation directe et collective des travailleurs. L’auteur estime que les structures hiérarchiques peuvent éloigner la classe ouvrière du pouvoir de décision et le confier à un groupe restreint de représentants et de responsables, tandis que l’assemblée générale permet une participation directe des travailleurs à la définition des revendications, à la prise de décisions et à l’orientation de la lutte.

L’un des atouts de cet ouvrage est qu’il ne se contente pas d’aborder la question des assemblées générales de manière purement théorique. Une part importante est consacrée à l’étude d’expériences concrètes de la lutte ouvrière en France. De la grève historique des ouvriers de Renault en 1947 et ses conséquences, au mouvement de 1968, en passant par la confrontation des assemblées générales avec les syndicats bureaucratiques et les grèves ultérieures des ouvriers de l’automobile, l’ouvrage retrace l’histoire de la lutte ouvrière.

Dans cette étude historique, l’assemblée générale n’est pas simplement un rassemblement d’ouvriers, mais une forme d’exercice de la volonté collective ; un espace où les ouvriers peuvent décider directement de la poursuite ou de la cessation de la grève, des revendications, des modalités de la lutte et du choix de ses formes d’action. Sous cet angle, le livre s’attache à montrer la différence entre « représentation par le haut » et « décision par le bas », autrement dit : pyramidale contre dialogue permanent dans le contexte réel de lutte de classe des ouvrières.

Un autre exemple notable examiné par l’ouvrage est celui des luttes des ouvriers de Peugeot-Citroën à Aulnay, en banlieue parisienne. Dans son analyse de la grève de 2013, l’auteur établit un lien entre la résistance et la poursuite de la lutte ouvrière et le recours à l’intelligence collective et à la prise de décision quotidienne en assemblées générales. S’appuyant sur son expérience et son implication directe sur le terrain, cet exemple, parmi d’autres, permet à l’ouvrage de démontrer comment une assemblée générale peut dépasser le simple cadre d’une réunion et devenir un pilier de l’organisation de la grève.

Mais ce livre ne se limite pas à la France. L’expérience du mouvement ouvrier français sert de point de départ à des réflexions sur le mouvement ouvrier iranien. L’auteur évoque l’expérience des assemblées générales et des conseils dans les luttes des Métallurgistes d’Ahvaz, de Haft Tappeh et d’autres centres de mouvements ouvriers en Iran, et considère que ces expériences peuvent renforcer l’organisation par conseils et l’intelligence collective. Par conséquent, l’importance de ce livre ne doit pas se réduire au seul récit de l’histoire des grèves françaises. Son objectif principal, selon l’auteur, n’est pas de relater les grèves, mais d’éclairer la question de l’organisation par les assemblées générales face à la bureaucratie et aux structures pyramidales. L’ouvrage confronte donc le lecteur à une série de questions pratiques : qui doit décider du début, de la poursuite et de la fin de la grève ? Quel doit être le rapport entre le comité de grève et l’assemblée générale ? Dans quelle mesure les représentants doivent-ils être responsables devant la décision collective des travailleurs ? Comment éviter que l’appareil de représentation ne se déconnecte du corps ouvrier ? Et surtout, comment la participation directe des travailleurs peut-elle se transformer d’un slogan en un véritable mécanisme dans le processus de lutte ?

Dans cette perspective, « Assemblée générale organisée par la démocratie ouvrière en France », invite à débattre d’une question fondamentale du mouvement ouvrier : où doit résider le pouvoir de décision dans la lutte ouvrière ? Au sommet des structures pyramidale (bureaucratique), ou dans l’assemblée générale et la volonté collective des travailleurs eux-mêmes ?

C’est là que réside également l’intérêt du discours que suscite cet ouvrage. Que l’on soit d’accord ou non avec les conclusions de l’auteur, les expériences historiques rassemblées dans cet ouvrage offrent aux militants ouvriers, forts de leur conscience de classe et de leur expérience pratique, une base solide pour débattre et porter un jugement sur les assemblées générales, les comités de grève, la structure des conseils, le rôle des syndicats et le lien entre représentation et sagesse collective.

Il est à noter que cet ouvrage a également été publié en français. Un groupe de militants ouvriers français, après avoir étudié, la proposition d’organiser une réunion en octobre prochain, présentera le livre et, lors de la seconde partie de cette même réunion, abordera le mouvement ouvrier iranien et engagera un dialogue concernant la lutte de classe. Ce programme, auquel participeront des militants français, est important car il permettra aux militants ouvriers iraniens d’éclairer le mouvement ouvrier iranien en partageant leurs observations et leurs points de vue.

Abbas Mansouran / 15 août 1405

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